Il y a ce bruit que fait la mer.
Le bruit des vagues qui viennent mourir à tes pieds, comme prosternées devant la réalité de l’eau qui s’épuise à tant divaguer.
Ivres de fatigue. Esclaves du vent et du sel.
Il y a l’odeur particulière de la nuit, et l’indicible nocturne qui te bouscule l’esprit.
Il est partout en toi, se mêle à l’air, irrigue chacune de tes veines, navire d’un message sans nom ni destination.
Peu à peu tu te fonds dans la nuit et la nuit fond en toi comme en tout.
Le battement de ton cœur a le même rythme que le cri des mouettes, un cri aigu et sans âge, mais ton âme elle reste clouée au sol, enterrée dans le sable.
Les grains s’amusent à n’être rien.
Ce soir le froid n’est pas le même, il chuchote ton absence.
Et tu regardes la mer qui bouge, qui bouge sans cesse, une déesse épuisée ; tu l'aperçois qui danse à l’agonie.
Derrière ton ombre, cape d’ailleurs qui ne suffira jamais, ne restent que quelques empreintes naturelles de toute cette grandeur, coquillages ébréchés enfouis sous l'écume.
(si Dieu existe, il est coquillage.)
Pour commencer vraiment il faut mourir un peu au moins.
Les traces de pas dans le sable, gravées jusqu’au temps de la noyade matinale, expriment le brouillard des chemins.
Mal-être du demain, titube devant tant et tant d’hier simulacres.
Printemps, Été, c’est l’oracle des saisons qui s'en revient précéder l’hiver.
Cercueil de l’Automne, aussi.
Poétesses vêtues de rouge qui tombent des arbres bien loin des côtes : la réalité.
Ce soir la brise a emporté l’Ego.
Berceuse du jamais, elle a dissipé tous tes doutes.
Tes craintes baignent plus loin, tu les entends là-bas qui s’éclatent contre les rochers.
Toujours plus d’ivresse... ! Toujours plus de rythme... !
Et ce silence en toi qui s’installe.
Ce soir, pour toi, le sablier est vide.
La véritable certitude vous laisse un homme pantois, ni triste ni joyeux, juste prêt à mourir.
Mourir n’est qu’un mot qu’on écrit dans le sable imaginaire à coups de larmes en coin.
Il est des peurs, vous savez, qu'aucune eau ne pourra jamais vraiment laver.
Fatigué devant tant de grandeur, c’est un autre cœur qui rythme ton masque.
Tu touches d’un regard la solitude, la vraie.
Le silence accuse, toujours il révèle le pire.
Cette solitude t'égare l’esprit dans l’air marin, et il y a cette déchirure en toi, insondable, grotesque, qui t’emplit la poitrine d’une haine sans nom, prête à te faire tout détruire autour de toi et en toi.
Ton sourire est cerné, perdu au creux de tes lèvres, et ne demande qu’à emplir chacune de tes inspirations d’une putain de folie animale, délire d’un singe en rut.
Ce qu’il manque au silence de la nuit c’est un cri.
Un feu.
Renaître c’est d’abord finir de se consumer.
Intense mais fragile, c’est encore et toujours le vent qui revient jouer avec les étincelles crépitantes lorsque l’encre s’installe.
Impossible de fuir, tout ailleurs est déjà présent, juste devant toi...
Et se taire encore, et se taire toujours...
Le charme de l’instant c’est de n’en plus espérer.
Le sel marin contient déjà la totalité des larmes que tu ne verseras jamais.
Il s’en faudrait d’un simple mot pour que tout finisse, d'un moindre geste, mais il ne te sera pas prononcé.
Suce, baise, danse, ou serre contre ton cœur les tombeaux d’amour dans lesquels reposent chacun des espoirs morts que j’ai jamais porté en moi.
La seule promesse reste encore et toujours le silence.
Incompréhensible, grotesque, inaudible, c’est un(e) mo(r)t de plus qu’on oubliera demain.
Cette nuit, bientôt, le dernier coup de vent emportera ses propres cendres avec lui.
Au diable, Wendy.
Tu ne m'es plus.
