Début, fin, tout s'inverse.
Finalement je t'écris du jour.
Le soleil se lève, je me couche.
C'est dans mon désordre des choses.
Je me regarde regarder, je m'écouter parler, je me relis, et j'ai l'impression de jouer à la poupée.
Non, écoute, ce n'est pas ca, oui, si, non, ouais.
Tout le monde est différent, tout le monde est pareil.
Des mots.
Et du sel, aussi, pour le coup: elle me dit qu'elle n'en finit pas de pleurer.
M'appose des: pourquoi ? Pourquoi ?
Comme si je réfléchissais aux pourquoi alors que je n'y crois même plus.
Elle insiste pour que je me pacse avec elle, subitement, après quelques simples nuits passées à deux.
C'est peut-être la seule chose que je retiendrais d'elle, celle qui aura le plus de valeur.
Tu sais que j'aime la folie, c'est la seule chose qui me réveille.
Et puis elle m'envoie des mails parfumés à la flatterie, et où je baigne à chaque coup au centre de ses délires.
Des phrases qui t'en feraient rougir Dieu.
Plus jeune les compliments me faisaient me sentir vivant.
Aujourd'hui la plupart me fait vomir.
Autant caresser le vers dans le sens de la bave.
Dire tant de bien de moi malgré mon indifférence, c'est délirer.
Une fois encore l'âme humaine ne sait rien faire d'autre que de confondre le pire et le meilleur.
C'était bien comment tu me faisais l'amour.
Pourquoi ?
C'était beau c'était doux c'était chaud.
Je me sentais belle.
Pourquoi ?
Je suis triste sans toi. Je me sens seule.
J'ai l'impression que tu devrais être là, avec moi, dans mon lit, dans mes bras.
Tu n'y es pas, tu n'y es plus, c'est absurde.
Je ne comprends pas.
Pourquoi ?
Elle ne supporterait pas que je lui avoue que je souhaite qu'elle meure.
Elle, toi, tout le monde, et moi le premier.
Que vous mourriez -pas dans la vraie vie, qui n'appartient qu'à vous -, mais dans ma tête.
Mourir, pour de bon, et tous vous tuer par le coup: chaque âme envolée fait comme le suicide collectif de chaque être ayant participé à en forger l'Univers.
Je balbutie à lui expliquer que je suis inadapté.
Qu'être heureux avec elle ne suffit pas.
Que j'ai BESOIN de ma solitude, de mon Enfer; que c'est SANGUIN, que c'est VITAL, ma tristesse, que mon désespoir est collé à moi comme un jumeau pétrifié, que le seul moyen que je connaisse de me sentir renaître est de laisser l'Ombre m'avorter nuit après nuit.
Comment expliquer à quelqu'un de sain qu'on est fou sans paraître con ?
Surtout quand il est con ?
Ca le rendrait fou.
Il y a des humeurs, il y a des cycles.
Il m'a fallu apprendre à les connaître mieux, pour apprendre à les aimer plus.
Pour certains c'est une journée banale qui commence.
Pour moi c'est une nuit qui se poursuit -au soleil.
Je ne sais pas si tu comprends E., l'insomnie aidant, ce que je dis.
Tu vois, il y a comme deux Univers.
Celui de l'activité, même simple, qui garde l'esprit en paix et comble le quotidien, le divertit, l'amuse, et le nourrit.
Et celui de la nuit, quand tout bascule, se bouscule, et que les idées s'en vont creuser six pieds sous terre pour titiller la queue d'un diable de cristal.
Cet état t'amène à dire des "conneries" comme ce présent mail, et la fatigue fait que tes pensées sont un peu comme si tu étais ivre.
C'est un "autre" toi, en quelque sorte, ni plus vrai ni plus faux -juste une autre part, nécessaire, recherchée, d'un toi flou, d'un toi qui ne cherche pas à se préciser: une intimité tournoyante de la divagation, une identité sans terre ni colonie.
Un fantôme.
Je sais mes vrais manques.
Il me manque de quoi devenir palpable, tangible, concret.
Il me manque de la Violence.
Il me manque du sang.
Il me manque des cris, je suis tombé tellement amoureux du silence que je m'y suis fondu.
Céline l'avait dit: "il me manque encore quelques haines..."
Je veux sombrer.
C'est mon corps qui me le réclame.
Je te le dis parce que je t'aime.
Je veux sombrer jusqu'au plus profond de l'abîme.
Je voudrais sauver le monde mais je ne peux pas.
Je voudrais apprendre aux gens à reconnaître la beauté, à être moins cons, plus simples -les éveiller à la poésie- comment peut-on encore voter FN quand on aime la poésie- sauver les chiens partout abandonnés -arracher des dents aux maîtres tordus - le monde E. ne ressemble pas à ce qu'on a l'impression qu'il est.
On se trompe.
C'est affreux comme on se trompe.
Tu as l'impression, toi, quand tu te ballades dehors, que tant de gens à cotés de toi, face à toi, contre toi -seraient prêt à commettre des atrocités ?
Milligram ne te semble pas irréel ?
Et la lapidation ? Et l'écartèlement ? Et Israël ?
Et le clochard devant ta porte ?
Le monde n'est pas fou, il est faible.
La folie sauve. C'est la faiblesse qui assassine.
Il faudrait oublier, même un peu, mais la nuit tout me revient avec une évidence qui me noie les yeux.
Tout. La conscience se remplit, déborde, éclate.
Il faut de l'illusion. Sans elle on s'arracherait le cœur.
Mais je peux pas.
La mort n'est rien. Tu vois E. c'est pour ca que je ne la crains pas.
Elle n'est rien parce qu'il y a pire, partout, pire au point que la mort reste une alternative que je peux comprendre jusqu'au fond de mes trippes.
J'ai toujours pensé (ca va te paraître bizarre) depuis tout petit, que je mourrais jeune; plutôt je l'ai toujours su; à chaque photo de moi que je vois je l'imagine sur ma tombe; a chaque phrase belle que j'écris j'en imagine la postérité; à chaque bon moment passé je me prends à rêver qu'il serait tellement beau qu'il soit le dernier; à chaque morceau de musique sublimé je me sens l'esprit au Ciel et le corps en terre.
Et puis d'un coup tout disparait.
En une microseconde, comme un changement d'esprit d'après-éjaculation.
Tout ce que tu lis plus haut est faux.
Est idiot.
Est absurde.
Pourquoi ai-je écrit ca !
Comment ai-je pu l'écrire ?
C'est tellement stupide !
Alors le tourbillon reprend, et l'absurde reste au chevet, qui l'éclaire d'un amusement aveugle.
Tu vois bien: rien n'a de sens.
Il faut -c'est important- oublier tout idée de cohérence et de structure.
Il faut oublier ce qui est convenable, logique, et bannir le mot "normal" d'un dico déjà en cendres.
Il faut - c'est important- se contredire, dire des bêtises, et ne pas chercher à comprendre.
Il faut: Vivre.
Mais sans réflexivité sur la Vie.
Il y a dans l'âme (si elle existe) une beauté, une poésie, des automatismes dont la complexité s'entremêle à la simplicité, et nous échappent.
Il est jouissif comme rien d'autre de laisser venir à nous, en nous, ces élans vidés de tout.
Une essence s'y cache, qui te parle de toi sans user des mots.
Parce que la profondeur est souvent froide.
L'insouciance seule brûle.
Et le rire !
Rire à s'en déboîter la mâchoire !
Je ne te parle que de moi, je ne sais faire que ca.
Pourtant je ne me sens pas honteux, d'abord parce que les mots n'ont jamais assez de valeur pour mériter la honte, ensuite parce que je sais que quand je te parle de moi, je te parle de toi aussi.
Je sais qu'en parlant de tout ca je parle de nous.
Il est probable qu'un soir je t'embrasse.
Rien que je ne t’apprenne.
En attendant je clos ces mots.
Je suis d'une fatigue que tu n'imagines pas, le sommeil me manque, et je suis levé dans deux heures.
Tant mieux. Le soleil est agréable, quitte à m'endormir debout.
Je m'en retourne allonger mon corps.
Le Vide.
