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Arrête d'Écrire !

Arrête d'Écrire !

C'est le silence qui témoigne. C'est la parole qui profane.


Rythmique misérable

Publié par El Orfeo sur 28 Mai 2010, 16:27pm

Catégories : #2010 & très vieux textes

Sous-marque de coca

Fromage râpé et pain et tranches de poulet premier prix

Pour les croque-monsieur

Et biscuits au chocolat premier prix aussi

Et sucre et lait et papier toilette et carottes râpés

C’était des petites courses à

Trente euros

Et nous avions dû faire un grand effort pour nous

Limiter

Et moi je trouvais ça dur

Et triste et

Ma mère aussi

Sûrement.

 

Nous rentrions du supermarché,

Je portais les courses et ma mère disait

Tu sais Akim, il faut vraiment que tu travailles…

… Je sais maman…

Je ne suis pas souvent inquiète mais là, c’est dur…

Je ne peux pas m’empêcher d’y penser…

Je ne sais pas comment on va faire…

Je ne sais plus…

…Je sais maman…

Et elle avançait en regardant

Droit devant elle

Cernée comme nous l’étions tous deux depuis

Toujours et

Ses cheveux frisés et noirs avaient

Plusieurs cheveux gris et

Son regard

Etait fier et inquiet et

Fort et

Je la regardais marcher puis je

Regardais devant moi

Comme elle

Et nous

Avancions

Lentement

En

Silence.

 

Ma mère

M’a eu

Très jeune

Et

Sa vie est une succession d’épreuves et

De galère

De thune

De boulot

D’êtres pas assez

Humains

De sur

Vie

De sous

Vie

De vie

Inassouvie

Si dure

Depuis vingt ans qu’elle

Lutte pour qu’on s’en sorte

Pour moi

Pour nous

Avec la feu au cœur et

Malgré toutes ces galères et moments

Dures, maintenant on commençait

A s’en sortir

L’air de rien,

Assez pour vivre

Sans trop craindre qu’on nous coupe trop souvent

L’électricité

Ou pour

Pouvoir acheter du chocolat au

Magasin.

 

Vingt ans et

Le mental qui commençait enfin à

Reprendre espoir :

Appartement coloré

Dans de jolis tons

Par ses soins

Plantes arrosées

Et dorlotées

Jours après jours ;

Travail, travail, et

Fatigue mais

Pas

Pour rien

L’appartement était

Et est toujours

Vivant

Et ma mère

Avec.

 

Et puis un beau jour

Hache qui s’abat sans

Prévenir

Courrier de malheur

Qui nous annonce

Votre fils à vingt ans, madame…

Nous allons devoir vous couper

L’APL…

Et c’est comme l’annonce

Que vous n’allez plus pouvoir vivre

Que rien ne sera jamais

Suffisant

Dans de telles conditions

Que ce n’est même pas

Envisageable

Qu’il va falloir en revenir aux aides

Des associations comme à

L’époque

Et se priver

Se priver

De tout

Redevenir des pauvres

Vrais

Pauvres

Plus de petits plaisirs

Plus de plaisir

Plus du tout

Plus rien

C’est la mort de

L’espoir

Et ma mère s’est écroulée

Quelque part dans sa tête

Et quand elle regardait droit devant

Elle

Ca voulait dire

Qu’elle espérait y voir

Quelque chose

Mais qu’il n’y avait

Rien.

 

Ne croyez pas ceux qui vous disent que la lutte

Paie

TOUJOURS

C’est

Faux

On peut s’échiner une vie

Lutter

De petits espoirs en petits espoirs

Mais au final

La société

La vie

Enterre ceux du bas

Les écrase

Les annule

Les tue

Ou pire, et

La politique est une œuvre

Qui cultive

Le mensonge

Toujours, et

La réalité est là quand

On ne peut plus sortir

Boire un verre

De tout le mois, juste

Parce qu’on ne peut pas

Tout

Simplement

Parce qu’on ne

Peut plus.

 

Le silence

Qui nous

Criait dessus

Alors que nous revenions des

Courses

Ce jour-là

Me disait

Sans autre

Issue

Combien ma mère

Etait

Fatiguée

Désormais.

 

Alors je

Sais que c’est aujourd’hui à moi

De prendre

Le relais,

Trop, c’est trop,

Pour elle,

Toute une vie, bien sur que c’est trop

Elle mérite au moins un peu de

Repos

De

Sommeil

Sans ombre, et

Je vais prendre le

Relais

Et même faire mieux

Que ça

Oui

Et

Tant pis pour mes

Etudes

Tant pis pour tout le

Reste

C’est la moindre des choses

Que de Vieillir

Un peu

Plutôt que de

Grandir

Maman

Depuis quand as-tu tant

De cheveux

Gris ?

 

Il y avait le bruit des

Voitures

Qui passaient à coté de nous

Quand le feu virait au vert

Le bruit des feuilles

Des arbres

Qui dansaient

Sous le vent et

Le bruit des

Gouttes

Qui commençaient à tomber

Sur le bitume

Ciel gris

Comme s’il voulait

Participer

A notre

Situation

Temps humide

Mais rien

De tout ça

Ne suffisait à

Couvrir

Notre silence

Ce jour là

Alors que nous revenions de

Faire

Nos petites

Courses.

 

 

 

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