Sous-marque de coca
Fromage râpé et pain et tranches de poulet premier prix
Pour les croque-monsieur
Et biscuits au chocolat premier prix aussi
Et sucre et lait et papier toilette et carottes râpés
C’était des petites courses à
Trente euros
Et nous avions dû faire un grand effort pour nous
Limiter
Et moi je trouvais ça dur
Et triste et
Ma mère aussi
Sûrement.
Nous rentrions du supermarché,
Je portais les courses et ma mère disait
Tu sais Akim, il faut vraiment que tu travailles…
… Je sais maman…
Je ne suis pas souvent inquiète mais là, c’est dur…
Je ne peux pas m’empêcher d’y penser…
Je ne sais pas comment on va faire…
Je ne sais plus…
…Je sais maman…
Et elle avançait en regardant
Droit devant elle
Cernée comme nous l’étions tous deux depuis
Toujours et
Ses cheveux frisés et noirs avaient
Plusieurs cheveux gris et
Son regard
Etait fier et inquiet et
Fort et
Je la regardais marcher puis je
Regardais devant moi
Comme elle
Et nous
Avancions
Lentement
En
Silence.
Ma mère
M’a eu
Très jeune
Et
Sa vie est une succession d’épreuves et
De galère
De thune
De boulot
D’êtres pas assez
Humains
De sur
Vie
De sous
Vie
De vie
Inassouvie
Si dure
Depuis vingt ans qu’elle
Lutte pour qu’on s’en sorte
Pour moi
Pour nous
Avec la feu au cœur et
Malgré toutes ces galères et moments
Dures, maintenant on commençait
A s’en sortir
L’air de rien,
Assez pour vivre
Sans trop craindre qu’on nous coupe trop souvent
L’électricité
Ou pour
Pouvoir acheter du chocolat au
Magasin.
Vingt ans et
Le mental qui commençait enfin à
Reprendre espoir :
Appartement coloré
Dans de jolis tons
Par ses soins
Plantes arrosées
Et dorlotées
Jours après jours ;
Travail, travail, et
Fatigue mais
Pas
Pour rien
L’appartement était
Et est toujours
Vivant
Et ma mère
Avec.
Et puis un beau jour
Hache qui s’abat sans
Prévenir
Courrier de malheur
Qui nous annonce
Votre fils à vingt ans, madame…
Nous allons devoir vous couper
L’APL…
Et c’est comme l’annonce
Que vous n’allez plus pouvoir vivre
Que rien ne sera jamais
Suffisant
Dans de telles conditions
Que ce n’est même pas
Envisageable
Qu’il va falloir en revenir aux aides
Des associations comme à
L’époque
Et se priver
Se priver
De tout
Redevenir des pauvres
Vrais
Pauvres
Plus de petits plaisirs
Plus de plaisir
Plus du tout
Plus rien
C’est la mort de
L’espoir
Et ma mère s’est écroulée
Quelque part dans sa tête
Et quand elle regardait droit devant
Elle
Ca voulait dire
Qu’elle espérait y voir
Quelque chose
Mais qu’il n’y avait
Rien.
Ne croyez pas ceux qui vous disent que la lutte
Paie
TOUJOURS
C’est
Faux
On peut s’échiner une vie
Lutter
De petits espoirs en petits espoirs
Mais au final
La société
La vie
Enterre ceux du bas
Les écrase
Les annule
Les tue
Ou pire, et
La politique est une œuvre
Qui cultive
Le mensonge
Toujours, et
La réalité est là quand
On ne peut plus sortir
Boire un verre
De tout le mois, juste
Parce qu’on ne peut pas
Tout
Simplement
Parce qu’on ne
Peut plus.
Le silence
Qui nous
Criait dessus
Alors que nous revenions des
Courses
Ce jour-là
Me disait
Sans autre
Issue
Combien ma mère
Etait
Fatiguée
Désormais.
Alors je
Sais que c’est aujourd’hui à moi
De prendre
Le relais,
Trop, c’est trop,
Pour elle,
Toute une vie, bien sur que c’est trop
Elle mérite au moins un peu de
Repos
De
Sommeil
Sans ombre, et
Je vais prendre le
Relais
Et même faire mieux
Que ça
Oui
Et
Tant pis pour mes
Etudes
Tant pis pour tout le
Reste
C’est la moindre des choses
Que de Vieillir
Un peu
Plutôt que de
Grandir
Maman
Depuis quand as-tu tant
De cheveux
Gris ?
Il y avait le bruit des
Voitures
Qui passaient à coté de nous
Quand le feu virait au vert
Le bruit des feuilles
Des arbres
Qui dansaient
Sous le vent et
Le bruit des
Gouttes
Qui commençaient à tomber
Sur le bitume
Ciel gris
Comme s’il voulait
Participer
A notre
Situation
Temps humide
Mais rien
De tout ça
Ne suffisait à
Couvrir
Notre silence
Ce jour là
Alors que nous revenions de
Faire
Nos petites
Courses.
